Interview de Tsutomu Ito, expert technique Assemblage et Réglage Grand Seiko

Interview de Tsutomu Ito, expert technique Assemblage et Réglage Grand Seiko

Repousser les limites pour produire la montre par excellence
Repousser les limites, entretien avec Tsutomu Ito

Quand avez-vous rejoint le Watch Studio de Shizuku-ishi en tant qu’horloger spécialiste des montres mécaniques ?

Je crois que c’était autour de l’année 2000. Je suis arrivé à Shizuku-ishi lorsque la ligne de production de montres à quartz dont j’étais responsable a été transférée. Depuis mes débuts chez Seiko, je connaissais les montres mécaniques de grande qualité Grand Seiko et j’avais toujours eu envie de m’y essayer. Lorsque je suis arrivé au Watch Studio, j’ai ressenti une grande fierté.

De quoi étiez-vous responsable lorsque vous avez commencé à travailler au Watch Studio ?

Pendant environ six mois, j’ai travaillé sur le procédé de lubrification des pièces avec de l’huile. Le cadre de travail était différent de celui auquel j’étais habitué lorsque je produisais des montres à quartz et j’ai tout d’abord éprouvé des difficultés. J’ai par la suite été placé à la tête du réglage du spiral, où je continue à travailler.

Le spiral est la pièce clé qui détermine la précision, n’est-ce pas ?

Absolument. La plupart des personnes peuvent régler d’autres pièces avec le temps, mais seules quelques-unes parviennent à régler le spiral.

Cela donne une idée de la difficulté ! De quelles autres pièces vous chargez-vous ?

Grand Seiko est bien connue pour ses normes particulièrement strictes. C’est à moi qu'il incombe de procéder à un réajustement lorsque ces critères ne sont pas satisfaits.

Ces réglages semblent très difficiles. Diriez-vous qu’ils nécessitent un niveau de compétences élevé ?

Si le rejet lors de l'inspection est dû à des défauts mineurs, il est facile de procéder à des ajustements. Mais dans certains cas, même si les critères sont respectés, la montre peut avancer un peu, par exemple. J’effectue des ajustements en gardant à l’esprit les conditions dans lesquelles la montre va être portée.

La formation est également une partie importante de votre travail. Quelles sont les qualités qui révèlent qu’une personne a le potentiel pour devenir un horloger très compétent ?

Naturellement la dextérité, être habile de ses mains est un grand avantage, mais en réalité la vue, notamment la vision cinétique, est capitale.

Qu’entendez-vous par « vision cinétique » ?

Lors du réglage du spiral, il faut regarder le mouvement au microscope et l’observer afin de repérer tout comportement singulier. Ce type de travail ne demande pas tant l’accomplissement de tâches répétitives que la compréhension rapide de ce qui ne va pas et la réalisation d'un travail efficace. C'est un travail qui convient à des esprits créatifs animés du désir de produire la plus grande qualité qui soit.

Quelles étapes suivez-vous lors de la réalisation des réglages ?

Je commence par régler la zone du balancier et l’échappement. Ensuite, je passe aux engrenages de l’ancre et de la roue d’échappement, et je règle l’ampleur des tressautements dans chaque pièce (axe d’engrenage instable, etc.). Le balancier, de même que l’ancre et la roue d’échappement produites à l’aide de MEMS, a un effet notable sur l’ensemble de la montre. C'est pourquoi j’y suis particulièrement attentif, afin d’améliorer la précision en réajustant le balancier sur les pièces.

S’agit-il du type de savoir-faire que vous cultivez au quotidien dans votre travail ?

Oui, mais pour être honnête, on ne peut pas se contenter de ce qu’on apprend pendant les heures de travail. On peut apprendre les procédés auprès de ses supérieurs dans le Watch Studio, mais on doit se former soi-même à l’horlogerie. En ce qui me concerne, j’étudie l’horlogerie avant de participer à un concours ou de passer un diplôme, puis j’utilise cette expérience dans mon travail. C’est un processus de progression constante.

Donc vous développez votre propre potentiel. De quels diplômes êtes-vous titulaire aujourd'hui ?

Je possède un diplôme d’expert technique de réparation horlogère de niveau 1 et un IW Meister en montre mécanique* délivré par la préfecture d’Iwate. J’ai réussi l’épreuve du IW Meister en 2013, à mon quatrième essai. Les candidats doivent répondre à 250 questions écrites, procéder à l’examen d'un chronographe, donner une explication du problème au client et procéder au réglage nécessaire. Ça a été très difficile, mais c’est un titre que je souhaitais vraiment obtenir et quand j’ai réussi, un seul mot m'est venu à l'esprit : « enfin ! » (rires).

*Entre 2006 et 2013, seules deux personnes ont obtenu le titre de IW Meister en montre mécanique de la préfecture d’Iwate.

C’est un niveau de qualification extrêmement élevé. Cela en dit long sur vos compétences. Qu’est-ce qui vous plaît dans les montres mécaniques ?

Une montre mécanique fonctionne sans électricité. Il suffit de la remonter et pourtant elle reste précise à quelques secondes près par jour. Si une montre manuelle n’est pas remontée à la même heure chaque jour ou si le porteur n’est pas assez actif, il y aura un écart. Une montre mécanique s’adapte au mode de vie de son utilisateur. Si on les aime tellement, c’est parce qu’elles ont une vie propre, en accord avec leurs rythmes intrinsèques. Je dirais que c’est l’un de leurs plus grands attraits.

Quels sont vos objectifs ?

Avant toute chose, je souhaite préserver la marque Grand Seiko. Mais préserver ne suffit pas. Je souhaite travailler pour atteindre un niveau de maîtrise du métier et de savoir-faire qui me permettra de rivaliser avec les créateurs des anciens modèles V.F.A. (Very Fine Adjusted, réglage très fin).